Brain Damage meets Harrison Stafford : « sortir de sa zone de confort »

Le 22 novembre, nous avons pu rencontrer Martin Nathan, leader de Brain Damage pour parler de sa collaboration avec Harrison Stafford (Groundation) avant leur concert sur la scène du Camji.  

Sound Reporters : Comment avez-vous eu l’idée de travailler ensemble, avec Harrison Stafford ?

Martin Nathan (Brain Damage) : C’est une idée que j’avais depuis quelques temps déjà, je me suis donc permis de le solliciter il y a un an, (tout a été fait en un an). Je suis un grand admirateur comme plein d’autres de ce qu’il a fait avec le projet Groundation. J’ai pris l’habitude de m’entourer de musiciens et de chanteurs mais je n’avais jamais fait tout un album avec un seul chanteur. Mon choix s’est porté sur sa personne dans la mesure où je considère que son travail avec Groundation notamment est un des plus intéressants du reggae contemporain. Pour moi c’est l’un des plus originaux tout simplement, il n’essaie pas de suivre les modes.

Sound Reporters : Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce travail en commun ?

Martin Nathan : La mise en danger. Le fait que l’on se soit mis tous les deux d’accord assez rapidement pour essayer de faire quelque chose de différent ensemble, c’est vraiment là-dedans qu’on s’est retrouvés très vite. C’est là que j’ai su que ça allait fonctionner, quand je lui ai proposé le projet et qu’il a accepté assez rapidement. L’idée c’était de sortir de notre zone de confort. Ce n’est pas habituel pour moi, j’ai tendance à donner des directions différentes à chacun de mes albums. Les gens ne s’attendaient pas forcément à nous voir travailler ensemble parce que ce sont des publics vraiment différents. Ce qui nous fait vibrer tous les deux, c’est de créer quelque chose d’unique qui n’a jamais été fait.

Sound Reporters : Comment avez-vous travaillé pour l’écriture et la composition des titres de l’album ?

Martin Nathan : D’une manière assez inédite pour l’un comme pour l’autre, car nous n’avons pas eu le temps de faire réellement les choses ensemble. Nous avons tout fait à distance. Je me suis enfermé dans mon studio pendant 3 mois pour composer 20 titres que je lui ai soumis via Internet. Il en a sélectionné la moitié et a enregistré en Californie ses première idées au niveau de la voix. J’ai délayé les morceaux, rendu l’ensemble un peu plus conséquent. Il a enregistré ses voix définitives toujours en Californie, j’ai fait le mix final chez moi. Il y a eu beaucoup d’échanges pendant des mois. Internet nous a permis de le faire. Dès le départ, on a décidé que la concrétisation de l’album se ferait en live sur scène. On voulait se retrouver en chair et en os pour faire de la musique avec un côté plus humain, frontal et direct. Devant un public et en tournée bien-sûr !

Sound Reporters : Combien de temps a pris la composition de l’album ?

Martin Nathan : Un an, peut-être un petit peu moins au niveau de la composition mais au bout d’un an on était prêt pour la scène, l’album était sorti, on avait répété. On était prêts à tourner.

Sound Reporters : Quel est votre meilleur souvenir de l’écriture de « Liberation time » ?

Martin Nathan : Je pense que ce sont ces fameux trois mois que j’ai passé en studio, pendant lesquels j’ai écrit pour quelqu’un et pour tout un album. Je n’avais jamais fait cela avant. J’avais déjà collaboré ponctuellement sur un titre ou deux. L’idée était de rendre cela encore plus intéressant. Il y avait de l’espace pour la création, pour exprimer un thème ou une idée. Ces trois mois ont été vraiment très agréables. Je devais être drôle à voir, tout seul dans mon studio ! Heureusement que personne ne pouvait me voir ou m’entendre ! J’essayais d’imaginer comment Harrison allait pouvoir intervenir. C’est aussi très gratifiant de recevoir ses pistes, ses idées, ce qu’il a pu chanter de son côté. Ça donne des frissons de voir comment d’autres ont pu intervenir sur notre travail.

Sound Reporters : Quel est votre titre préféré de l’album et celui que vous préférez jouer sur scène ?

Martin Nathan : C’est le deuxième titre de l’album qui s’appelle « Everyone A Christ« . C’est difficile d’expliquer pourquoi on préfère un titre à un autre, peut-être pour la profondeur des textes. Les versions live prennent une autre dimension. En général on choisi un morceau original proche de la version de l’album et on se permet de le délayer sous forme de grandes plages d’improvisation. Moi je m’occupe de la partie Dub et lui improvise au niveau de la voix.
Sound Reporters : Quel est le message principal que vous souhaitez faire passer dans votre musique ?
Martin Nathan : Il y en a plusieurs, il y a le message d’Harrison et le mien. On se retrouve sur certains aspects mais on a nos spécificités respectives. En ce qui me concerne j’aurais insisté sur le fait que dans chacun de mes travaux, j’essaie d’aller sur des terrains que je ne connais pas forcément, j’essaie de me mettre en difficulté. C’est ce qui me fait avancer et c’est comme ça que je me sens vivant. Ça peut surprendre et parfois décevoir ceux qui me suivent. Harrison est très religieux, il est rasta, il prêche un message de paix et d’auto-émancipation via cette musique roots qu’il affectionne depuis des années. C’est un message auquel j’adhère globalement même si je ne suis pas religieux moi-même. Quiconque diffusera un message de paix sera le bienvenu par les temps qui courent.
 
Sound Reporters : Avez vous un rituel avant de monter sur scène ?
Martin Nathan : En général on se regarde, on se salut, on se congratule. On est très contents de faire ça. On en est déjà au quinzième live et l’émotion reste intacte. On est heureux d’y aller, au moment d’y aller l’énergie est toujours intacte pour nous deux. Ça fait 20 ans respectivement qu’on fait ça et on s’étonne encore de la foi et de l’énergie qu’on a au moment de monter sur scène. On est vraiment contents de faire ça, on a de la chance.
Sound Reporters : Pensez-vous à nouveau un jour collaborer ensemble ou bien allez-vous poursuivre vos carrières séparément ?
Martin Nathan : Il est prévu que l’on poursuivre nos carrières respectives, on est relativement débordés l’un comme l’autre. Lui va reprendre Groundation l’année prochaine avec un nouvel album, une nouvelle formule et des musiciens différents. Quand à moi, j’ai déjà posé les premières pierres pour le prochain album. J’ai eu la chance de me rendre deux fois à Bogota en Colombie où j’ai fait plusieurs séances en studio avec des musiciens, des chanteurs locaux. J’essaie de finaliser ce projet cet hiver, l’album devrait sortir en septembre 2018. Le rythme est d’environ un album par an, ce qui est assez fou ! Je ne tiens pas en place ! Comme ça se passe très bien avec Harrison, on a décidé de continuer la tournée. Il y a une vingtaine de dates prévues au printemps, en tout ça fera 40 dates ! Au départ on avait imaginer une tournée de 10 dates, mais il faut continuer tant qu’on peut le faire.
Sound Reporters : Quelle chanson avez-vous honte d’écouter ?
Martin Nathan : Aucune ! J’essaie de dépasser le concept de « musique honteuse ». Ce qui va être honteux pour certains ne va pas l’être pour d’autres. Finalement on est toujours la honte de quelqu’un d’autre, il y a toujours quelqu’un qui va trouver que ce qu’on fait est mauvais, pas assez comme-ci, trop comme-ça… Je peux accrocher sur un truc débile, mais de manière générale, il ne faut pas avoir honte d’écouter de la musique.
Interview réalisée par Aurélie et Matéo
Photo réalisée par Enzo N.

 

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